QUATRIEME PARTIE: "EH JACK! REFLEXE!"
Jack est à présent chez lui, et coupe du bois. C’est encore un flash back. Les films de cette trempe usent habilement de cet outil. L’intensité n’en est que plus grande. Le drame vécu par Jack durant son enfance va enfin être révélé, ceci expliquant alors cela. Le réalisateur est vraiment bon. On sait que Jack a découvert quelque chose le lendemain de son 8ème anniversaire peu de temps après la mort de sa mère, mais la scène précédente s’était arrêtée là. A présent la boucle va être bouclée.
Et non, car il reste au moins un gros con dans la salle. Oui, parmi les quatre types assis au troisième rang devant. Pourquoi déjà les cataloguer comme des cons ? D’abord parce qu’il faut vraiment être con pour se mettre au troisième rang. La visibilité est nulle et la nuque en prend un sérieux coup pendant 2h10. En plus de ne pas être très fut-fut, ce genre de gros con a la fâcheuse habitude de répondre au téléphone pendant le film.
Que se passe t-il dans sa tête : Jack coupe du bois. Jack désamorce une bombe. Jack conduit le camion. Jack mange un donut. Donut. Donut. Tiens j’ai faim. Y’a rien à bouffer ici.
« Et les gars, il le sort d’où son camion ? De son cul hein ?! Mouahahahaha ! »
« CHUUUT … »
« Et y’a ce bâtard de Manu qui m’phone, j’croche-dé ! –– Ouai gros ! « chuuuut » Bien ou bien ? Tran-quille ! Ouai t’as vu j’suis au ciné avec les poto ! Non je dis, JSUIS AU CINE AVEC LES PO…OUAI C’EST LE SON IL ARRACHE C’EST OUF!! T’es où toi ? « chuuuuut » Ah ouai salle 4 ! Alors bien ou bien ? C’est le son que j’entends là ? HEIN ? Ah ouai t’as raison, il arrache ! JE DIS IL ARRACHE ! « chuuuut ». Ouai gros, tchotcho, on les nique tous ! –– C’était Manu, il est salle 4 ce bâtard ! »
Ces mecs sont des champions. On les connait tous, on les a tous vu, sous une forme plus ou moins similaire. Le film ne les intéresse pas. Ce qui compte, c’est les « poto », le « phone » et sa Golf GTI, vitre fumées, premier modèle. (L’objet d’un prochain billet… !)
C’est alors que dans ces moments là que se répand dans la salle une impression à la fois perturbante et rassurante: nous communiquons tous par la pensée. Nous sommes devenus télépathe.
Pas besoin de se regarder. Le voisin d’à côté, ennemi d’hier est désormais un allié, de même que la dame avec l’enfant. Quant à Bernard, s’il ronflait et malgré le fait que les jeunes de derrière lui ont déjà balancé une boulette de pain dans la tête, il a focalisé toute son attention sur la rangée n°3.
La tension monte. Des « Chuuuts » épars sont lancés dans le vide. Des « C’est pas vrai, il pourrait faire moins de bruit quand même» sont susurrés. A vois basse encore, les gens se passent le mot : « il est sans gêne celui-là ». La tension est à son maximum.
Jack, désormais au Pérou, est en train d’accoucher un lama avec…, mais peu importe. L’attention de tous est désormais reportée sur ce gros con, et sur la meilleure manière de lui dire de « fermer sa grosse gueule ».
Comment lui faire comprendre ? Plusieurs méthodes existent et l’excitation de l’obscurité combinée à l’adrénaline secrétée depuis 1h35 autorisent tout un tas de folies que l’on n’oseraient pas dans la vie de tous les jours.
La méthode discrète néanmoins efficace :
« Excusez moi, je peux vous emprunter votre paquet de pop corn ? -- Pourquoi fai…ah oui, d’accord, avec plaisir ! »
« Pardon, vous pourriez demander à la dame avec le petit s’il lui reste la couche sale de son fils ? Merci ». Immédiatement suivi, si la couche est prête, d’un « Eh ducon, réflexe ! ». (Ma préférée, pour l’effet 3D qu’elle comporte).
La méthode directe (pour cela, il faut du courage)
« Chuut ? ». Ne marche pas.
« Euh…excusez moi, pourriez vous parler moins fort ? S’il vous plait ?» (Quitte ou double. Et en plus du courage, il faut se lever...)
Enfin une version combinée, à la fois directe et discrète :
« EH GROS BOUFFON, FERMES LA OU J’TE FUME » (En veillant à être bien caché dans le noir).
La séance touche bientôt à sa fin. Le film me laisse une impression de désordre. Le scénario est parfois décousu et certaines scènes se sont enchainées un peu trop vite à mon gout.
Il reste le générique. Ils disaient sur Allociné que vers la fin du générique, il y a une scène spéciale. On va bien voir.
Ou pas. Tout le monde se lève, les gens passent devant, les lumières s’allument. Il ne reste plus dans la salle que des boites vides de pop-corn. C’était qui l’acteur qui a joué le beau frère de Jack ? Mince j’ai raté. Et le producteur c’était…arf, trop tard. Ah t’as vu qui c’est la maquilleuse principale, elle était déjà sur le film de…du coup la scène spéciale ?
Déjà le personnel vient nettoyer et le projectionniste s’apprête à enlever la bobine. Les gens vont bientôt rentrer pour la séance suivante. Il ne faudrait pas qu’ils loupent les bandes annonces ces cons.
Tant pis, nous sortons, culpabilisant d’être resté si longtemps, sous les regards suspicieux du grand monsieur en costume noir. « La sortie, c’est de l’autre côté -- c’est ça merci. »
Il n’empêche, la place n’était qu’à 8,5€ ce soir. C’était une promotion dans le cadre de l’opération : 7 films à 10€, une place à 8,5€. Une belle affaire. D’autant que l’offre est valable 48h dès le deuxième mardi suivant l’achat du 7ème billet. Et si j’avais eu la carte de fidélité, je n’aurai payé que 8€. J’aurai vraiment dû la prendre cette carte de fidélité, je suis vraiment con.
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